mardi 24 février 2009

Société 3

Dans la jungle urbaine, il n'est pas facile de se ravitailler. Heureusement qu'il y existe des oasis (1) de restauration rapide à distance régulière les unes des autres, je parle bien évidemment des chaines de fast-food que sont Quick et McDonald's. Respectivement "Nous, c'est le goût" et "I'm loving it", j'aurai plus tendance à dire "nous c'est quand y'a trop de monde en face" et "I have the flemme". Non, cher lecteur, je ne vais pas faire une longue diatribe sur la mal-bouffe. Je plaide coupable, j'adore le Giant, et il m'est difficile de ne pas saliver devant un McChicken.

Cependant une observation sommaire de ces endroits permet de se rendre compte qu'encore plus que les mauvaises graisses, c'est l'incivisme qui y règne en maître. La première chose qui frappe le vieux briscard que je suis, c'est la technique ancestrale du Crabe Louvoyant, aussi appelée "je fais la queue sur deux files avec ma copine". Pas tant la perte de temps occasionnée puisqu'au final il aurait bien fallu qu'ils passent, c'est surtout la mesquinerie de ce comportement qui m'énerve. Puis quoi de plus frustrant que de voir un jeune Kévin rejoindre sa Jennifer, alors vous êtiez psychologiquement préparé à être le suivant.

Oui je vous l'accorde, il y a pire comme traumatisme. Vous avez entendu le dernier album de Franck Mickaël? Bon.

Une fois servi, votre spécial Accident Vasculaire Cérébral et Infarctus du Myocarde bien chaud vous cherchez une place. A moins que vous n'arriviez à manger debout à une seule main, mais je vous le déconseille. C'est très risqué, la dernière fois que j'ai essayé d'ouvrir un sachet de pseudo- mayonnaise debout en tenant mon plateau, le résultat fut presque pornographique. Donc vous parcourez du regard la salle, et notez bien. Durant les heures de pointes, on note deux grandes familles de comportements.

Dans un premier temps, le classique "je suis seul et j'occupe une table de quatre personnes". Ce genre de gars là aime bien regarder bêtement ceux qui piétinnent en mâchant sa pitance de manière bovine. Peut-être un ultime hommage à l'animal qui a fini sa vie en portions de 80 grammes? Va savoir. Dans la même catégorie, faîtes comme si je n'étais pas là, il y a ceux qui ont pris un petit Soda, terminé depuis 50 minutes et qui papotent comme au café. Je sais qu'ils ont le droit, mais planté et affamé, qui n'a jamais eu envie de leur offrir leur gauche? Dans les dents, s'entend. N'oublions pas les plus perfides et probablement crétins : ceux qui réservent une table de six personnes pendant vingt minutes pendant que leurs amis font la queue. Non seulement ils occupent l'espace pour rien, puisque ne mangent pas, mais en plus (et c'est pire) je laisse souvent refroidir mes frites à cause de ces indélicats.

L'autre grande famille de mal-éduqués de la finger food, c'est bien entendu ceux qui laissent leur plateau en place alors qu'il y a une poubelle tout les trois mètres. Je m'emporte mais je suis sûr que c'est en fait un acte citoyen. Tu salis mon organisme, je salis ton restaurant. Je suis pas certain de l'issue du combat. En plus ils se privent d'un grand moment : la poubelle qui dit merci. Et c'est pas souvent qu'on voit des objets qui parlent pour 8,50€, repas compris.

Dans un sens, je ne leur jette pas vraiment la pierre à ces nombrilistes. Non. Le plus gros incivique dans l'histoire c'est probablement le gérant du restaurant. Aujourd'hui j'ai patienté 25 minutes pour avoir ma dose de cholestérol. C'est scandaleux pour de la soit-disant restauration rapide. Et c'est quasi systématique. Idem pour la poubelle, pleine à craquer. En vidant le plateau, tout s'est renversé à cause du trop plein. Qui a dit métaphore vomitique de la digestion après McDo? Pas moi, j'y retournais quand même.

Ceci dit, avouez quand même qu'un restaurant qui vous offre la dose quotidienne de calories à moins de dix Euros, c'est sympa. Sisi. Un Quick'n Toast, une grande frite, un grand Coca et une glace ça fait exactement 1623 calories. Si vous survivez à la faim 22 heures par jour, c'est jouable...

Et pour une fois, je concluerai sur un sourire : j'ai gagné mon premier abonné. Ca a fait tout chaud, là, dans ce truc bleu et froid qui me sert de coeur... ^_^

(1) On trouve bien du Banga à la montagne, je vois pas pourquoi il n'y aurait pas d'Oasis dans la jungle.

samedi 14 février 2009

Culture 1

Je venais de finir le dernier tome d'un bon comic américain d'une série d'ouvrages très bien rédigée quand je me suis dit que l'art d'écrire se perdait. Attention, quand je dis écrire je ne parle pas du talent qu'ont nos intellectuels(1) pour nous raconter des histoires, je parle juste d'écrire en français.

"Ouais Eulb vas-y t'es réac, passpass le oinj"

Non. Notre langue est en train de décader (2), jeune forban, ne le vois-tu pas? Le collectif de professeurs "Sauvez les lettres" a eu l'idée de faire passer à plus d'un millier d'élèves de seconde une dictée du brevet de 1976. Certes ce n'est pas une année fantastique, j'ai ouvert avant-hier une boîte de Frankfurter Würstchen de 76 et elles étaient dégueulasses. Mais il n'empêche que deux tiers des élèves ont eu zéro à cet exercice, en utilisant un système de notation traditionnel. J'ai toujours été surpris de voir à quel point les personnes âgées avaient une orthographe irréprochable alors que bien souvent elles n'allaient guère plus loin que le brevet des collèges. Comparativement à certains titulaires d'une licence actuelle, ça laisse songeur quant à qui a fait des études.


L'orthographe, c'est comme le contorsionnisme, il faut commencer tout petit. A l'école, mais je pense aussi que les lectures jouent un rôle important dans l'apprentissage du bien-écrire. Mais qu'est ce qui fait fureur (comme la petite moustache dans les années trente) auprès des enfants en ce moment? Titeuf. Les mots me manquent pour exprimer le dégoût que m'inspire l'œuvre de Zep, symptomatique du nivellement par le bas actuel. On a eu les bandes-dessinées, que je n'ai pas eu le loisir de lire, mais pour vous faire une idée, lisez cette page de critiques en ligne. Je m'excuse auprès de ceux dont les yeux saignent. On a subi le dessin animé. Scénario A : Titeuf fait une bêtise, ment pour s'en tirer, et fini puni. Scénario B : Titeuf fait un truc navrant pour plaire à Nadia, celle-ci tombe dans le panneau et s'intéresse au héros en bonne girouette, et fini par lui mettre une baffe en s'apercevant de la supercherie. Scénario C : il y 'a "Des chiffres et des lettres" sur France 2.


Ils ont osé sortir les livres. J'en ai feuilleté un malgré moi, quelqu'un l'avait habilement dissimulé parmi les meilleurs Pierre Bellemare chez le libraire. On trouve souvent les même titres que pour les bandes-dessinées. En vrac "Tous des pourris du slip", "Le guide du zizi sexuel" et "Po croyab". La grande particularité de Titeuf est son talent pour les barbarismes, et ceci a été réécrit dans les bouquins. Noir sur blanc, il y a dans chaque chapitre des mots sciemment déformés. Sérieusement, comment voulez-vous qu'un gamin de 7 ans fasse la part des choses entre "l'humour" de Zep et les mots bien écrits? Une chose est sûre, lire "sikologue", "momosexuel", "ouestern", "niou iourque" et "hypergigamortel" n'a jamais aidé. Cautionner les moqueries (une camarade aux grandes oreilles est surnommée "Dumbo" même par la maîtresse) est aussi un des nombreux autres aspects de ce qui m'exaspère dans cette fresque finement inspirée. Mais je m'égare.

Certains brandissent l'aspect éducatif, et le fait que Titeuf aborde des sujets compliqués. Tout est tellement noyé dans un flot de scatologie que je doute que ça apporte grand'chose à quiconque.

Pour le bien de vos enfants, n'achetez pas Titeuf. Achetez des "Le petit Spirou", qui en plus peuvent être lus à plusieurs niveaux, donc agréable pour les petits comme pour les grands, tout en étant largement mieux dessinés. Ou alors un stérilet, à vous de voir.

(1) Lol.

(2) Je lutte activement contre l'appauvrissement de notre vocabulaire en créant des néologismes. Toi aussi époustoufle tes amis!

jeudi 5 février 2009

Télévision 2

J'étais en train de me battre contre un bataillon de ninjas venus m'extorquer le secret de ma hargne contre tout et n'importe quoi, quand, en projetant l'un d'entre eux à plus de trente mètres d'un Mate-Neesan-Ittaï bien placé (1), il alluma par inadvertance le téléviseur en atterrissant sur la télécommande. Et là, stupéfaction. L'infâme émission "A prendre ou à laisser" présentée par l'époustouflant Arthur (2) va reprendre sur TF1.

Voyant ceci, ma trentaine d'adversaires, qui n'étaient plus que douze à bien réfléchir à ce moment là, s'arrêtèrent immédiatement. Ils avaient compris. Sans rancune, j'ai d'ailleurs offert un bon kawa à leur chef Zaki.

Si je devais comparer "A prendre ou à laisser" à un livre, je serais bien en peine. Parce qu'un ouvrage, même lamentable, peut toujours servir à caler un buffet ou à allumer le feu. Il n'y a rien à garder dans cette émission.

Le principe, pour les bienheureux qui ne le connaissent pas, consiste à "éliminer" des boîtes contenant une somme d'argent, et le candidat gagne la somme de la dernière en lice. Mais sur quoi sont basés ces choix? Rien. Le hasard. Le candidat sait quelles sommes il reste en jeu, mais n'a pas plus d'indications que ça. Et là, bien souvent, Arthur parle de "stratégie". Sun Tzu doit se retourner dans sa tombe.

Moment délicieux toutefois, un candidat qui s'était vu conseiller de "changer sa stratégie" après l'élimination de plusieurs grosses sommes lui a rétorqué froidement qu'il choississait au hasard et qu'il fallait qu'il arrête de parler tactique.

Pire, il y a un "banquier", qui propose des sommes au candidat en fonction des sommes qui restent. Le candidat peut partir avec la somme offerte ou continuer à jouer. Regardez bien. Arthur, suitant d'hypocrisie, se met toujours du côté du candidat. Oui, Arthur VEUT que le candidat devienne milliardaire. Ce n'est pas comme si c'était sa propre production qui payait. Notez que le banquier propose toujours une somme inférieure à l'espérance de gain. C'est à dire que la banque proposera toujours une somme inférieure à la moyenne des boites restantes.

Le tout supporté par un public extatique et hilare, que je soupçonne d'être soit fortement alcoolisé, soit menacé par le Mossad de représailles s'ils ne jouent pas le jeu.

Et vous allez me dire qu'on a atteint le fond.

Non. Tristement pas. Parce qu'au moins, le jeu télévisé permet de gagner quelques deniers. Ils ont fait pire. Ils ont sorti un jeu vidéo. Si. Un jeu où on choisi des boîtes aléatoirement pour gagner une somme virtuelle. Pas de culture. Pas d'humour. Pas de scénario, de reflexe ou de réflexion.

Je ne pensais pas avoir à dire ça un jour, mais... Vincent Lagaf'... Reviens.

(1) ce passage n'est peut-être pas purement factuel.
(2) Arthur ou une source inépuisable de post sur ce blog. Mais c'est petit joueur.